
Crédit photo : John J. Mosesso.
Originaire de la façade atlantique, le crabe bleu (Callinectes sapidus) s’est progressivement installé sur les côtes méditerranéennes. Son arrivée serait notamment liée à des transports accidentels dans les eaux de ballast des navires. Les premières observations dans l’étang de Berre ( Bouches du Rhone ), remontent aux années 1960.Longtemps considéré comme une curiosité, le crabe bleu est aujourd’hui devenu une véritable problématique environnementale. Prédateur et particulièrement vorace, il peut perturber les équilibres naturels en prenant une place importante au sein des écosystèmes et en entrant en concurrence avec certaines espèces locales.
Une population en forte diminution
Face à cette situation, une autre approche commence toutefois à émerger : transformer cette espèce invasive en ressource alimentaire.
Le chef Michel Basaldella, chef du restaurant Le Grand Puech à Mimet, défend cette idée. À l’occasion d’une conférence organisée lors de la Foire internationale de Marseille, il a expliqué que le crabe bleu pouvait être valorisé plutôt que simplement considéré comme une nuisance.Cette réflexion intervient alors que la présence du crabe bleu semble avoir diminué de façon spectaculaire dans certaines zones. Entre 2023 et 2025, la production de crabes bleus aurait chuté de 92 %, une évolution préoccupante pour les professionnels qui avaient commencé à développer cette nouvelle activité.
De la pêche à l’assiette
Pour tenter de répondre à cette situation, une filière spécialisée s’est développée autour de la pêche et de la commercialisation du crabe bleu. Dans les régions où il est présent, certains pêcheurs se sont ainsi adaptés pour exploiter cette nouvelle ressource.À Chieti et dans les environs, par exemple, une activité commerciale s’est organisée autour du crabe bleu. Selon les professionnels cités dans l’article, le chiffre d’affaires pourrait atteindre plusieurs millions d’euros.L’idée est donc de faire de la lutte contre une espèce invasive une activité économique, tout en proposant un nouveau produit aux consommateurs.
Une nouvelle manière de lutter contre l’espèce invasive
Cette démarche soulève néanmoins une question importante : peut-on réellement contrôler une espèce introduite en développant sa pêche et sa consommation ?Pour Michel Basaldella, l’expérience mérite d’être poursuivie. Il considère que la consommation du crabe bleu peut contribuer à limiter sa présence tout en offrant une nouvelle source de revenus aux pêcheurs.À Marseille, cette réflexion est également mise en avant lors d’une conférence consacrée aux possibilités de création d’une véritable filière méditerranéenne autour de cette espèce.
Le crabe bleu illustre ainsi une problématique de plus en plus fréquente : une espèce introduite peut bouleverser un milieu naturel, mais sa valorisation économique peut aussi constituer l’une des pistes envisagées pour tenter d’en limiter la prolifération.